Shangri-La de Mathieu Bablet

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Résumé

Ca commence comme une histoire apocalyptique classique. Nous sommes très loin dans le futur, l’homme a rendu la Terre invivable et a du fuir en orbite dans de gigantesques stations spatiales appartenant à la corporation Tianzhu. Le conseil d’administration de l’entreprise est devenu le gouvernement en titre de l’humanité et gère tous les aspect de la vie des citoyens comme dans le meilleur des mondes ou l’âge de cristal, même si personne n’est éliminé à 30 ans. On est dans une sorte de paradis en apesanteur de la société de consommation.

Le héros s’appelle Scott, c’est un scientifique. Il est chargé d’explorer les vaisseaux et stations scientifiques désertés en orbite. Les scientifiques conduisent des expériences pour rendre le satellite Titan habitable. Mais certains laboratoires sont sujets à des explosions inexpliquées qui forcent le conseil d’administration de Tianzhu à enquêter.

Parallèlement plusieurs mouvements de rébellion contre la société de consommation ou contre les discriminations dont sont victimes, les animoides, une race de chien intelligente développée pour seconder les humains dans certaines tâches, se développent au sein de cet univers clos. Virgil, le propre frère de Scott milite dans l’un de ses mouvements, essayant d’entraîner son frère dans sa croisade.

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Au cours d’une de ses missions, Scott découvre une nouvelle extraordinaire propre à changer le destin de l’humanité. Une course poursuite s’engage entre lui et les différentes factions pour révéler sa découverte ou au contraire le faire taire à jamais. Le scénario bascule petit à petit dans un film catastrophe palpitant.

Mon avis

Première oeuvre de science fiction réalisée par Mathieu Bablet, sélectionnée au festival d’Angoulême 2017, ses pareils à deux fois ne se font point connaître et pour ses coups d’essai veulent des coups de maître, comme dirait Rodrigue. Shangri-La est un magnifique space opéra dans la plus pure tradition du style : architectures spatiales titanesques, voyages spatiaux, larges corporations machiavéliques, technologie omniprésente, un univers à tiers chemin entre Blade Runner, Outland et 2001 l’Odyssée de l’espace.

Visuellement l’album est époustouflant de précision et de détail avec un sens incroyable des couleurs et du cadrage. L’auteur alterne les ambiances visuelles toutes plus riches les unes que les autres avec une maîtrise déconcertante. C’est un travail graphique de titan qui a été réalisé sur les 150 pages de l’album. L’oeil en prend plein la rétine entre les larges plans spatiaux absolument planants (à écouter avec la BO de Vangélis sur le film Blade Runner) et les scènes confinées à la limite de l’étouffement dans certaines zones de la station. Le story boarding fait preuve d’une véritable mise en scène et nous immerge littéralement par certains moments. L’expérience visuelle est proche du cinéma, ce qui est assez rare. L’utilisation de la couleur qui alterne des applats monochromes avec celle d’un rendu ultra réaliste proche de la photo sur certaines cases est un shoot visuel qui confine à l’orgasme rétinien et dont le cerveau peine à se remettre une fois la lecture posée. La redescente est brutale si on n’a pas un quelconque Moebius à se mettre sous la pupille à ce moment la.

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Sur le plan scénaristique, l’album est également très dense avec une prédilection pour la société de consommation qui détruit la planète (classique) et le transhumanisme, un thème cher à la science fiction. L’auteur fleurte avec les thèmes de “Blade Runner” (le mythe du surhomme des corporations) de “Demain les chiens” de Clifford D. Simak (dont l’un des personnages de l’album ressemble en tous points à celui du héros de l’auteur américain), mais en version l’île du Docteur Moreau et plus récemment du roman “dans la toile du temps” de Adrian Tchaikovsky. C’est peut-être le seul petit reproche que l’on peut lui faire, la très très grande diversité des thèmes conduit à de multiples intrigues qui ne s’emboîtent pas toujours facilement et qui nous font dériver dans beaucoup de directions en même temps. Bref, le scénario comme le dessin se méritent. On est plutôt dans un exercice de lecture immersif certes, mais relativement ardu, plus proche d’un Barjam (Universal War One) que d’un Leo (Les mondes d’Aldebaran) sur le même type d’univers. On sent une volonté de l’auteur de tutoyer Kubrick et son 2001 tout au long de l’album.

Pourquoi vous allez aimer

Un très grand album de BD, une référence dans le genre du space opéra riche, épais, comme des bonnes moukrenes à la glaviouse. A lire absolument, mais soyez averti que votre œil n’en sortira pas indemne.

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Détails

  • Éditeur : Ankama Éditions
  • Nombre de tomes : 1
  • Parution : Septembre 2016
  • Scénario, dessin et couleur : Mathieu BABLET

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