Homicide, tome 4 de Philippe Squarzoni

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[Total : 1   Moyenne : 4/5]

Résumé

Comme dans les 3 tomes précédents, Philippe Squarzoni réalise une adaptation Bd du livre de David Simon (créateur de la génialissime série The Wire), qui explore le quotidien de la brigade des homicides de Baltimore dans les années 80. Comme dans les albums précédents, le quotidien des enquêtes est une routine froide, clinique, sans fusillade ni cascade spectaculaire. Les meurtres s’accumulent, les flics épuisés réalisent un véritable travail de fourmis parmi les vagues indices à leur disposition pour réussir à créer une piste ténue qui les mènera in fine au meurtrier ou dans une impasse, les conduisant à renoncer et travailler sur la pile de cas qui s’accumulent.

Le quotidien des flics est épuisant, stressant, écœurant, désabusé, mais également fascinant avec une moyenne d’homicides de 300 par an dans la ville dont seulement 70% sont résolus. Les témoins sont rares, les interrogatoires fastidieux et les autopsies sordides. Malgré cet environnement oppressant qui suinte à chaque case et vous colle à la peau, on est scotché par leur professionnalisme et leurs capacités à identifier les coupables. Les enquêteurs tâtonnent, doutent, échouent régulièrement dans des fausses pistes pour arriver au bord du burn out à résoudre éventuellement une affaire.

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Comme dans les tomes précédents, l’album se concentre uniquement sur le travail des enquêteurs en approfondissant une partie de leur travail comme les autopsies ou la priorisation des affaires qui repose sur un équilibre totalement bancal entre chance de succès, profil ethnique de la victime, pression politique et qualité des enquêteurs. La narration est majoritairement en voix off (un peu difficile à suivre parfois), passant des réflexions d’un inspecteur à un autre sur son travail.

Le rythme est très lent comme dans un film de Sergio Léone, mais avec des scènes uniquement au ralenti, sans les accélérations fulgurantes consécutives.

Mon avis

Comme les tomes précédents, impossible de lâcher l’album. On est totalement en apnée (A bout de souffle comme dirait Godard), jusqu’au bout et on a besoin d’arriver à la fin pour réussir émerger et reprendre son souffle. Tout est raconté de manière particulièrement monotone pour décrire des situations de vie qui sont incroyables.

La mise en case extrêmement régulière alterne plans moyens et gros plans pour souligner régulièrement un visage marqué ou un détail de l’enquête. Il y a une volonté de n’apporter aucun dynamisme dans les cases pour que l’œil se fatigue inexorablement au fur et à mesure de la lecture. Le trait épuré et les couleurs sont dans le même registre, sobres. On est proche du noir et blanc, seule l’alternance des jours et des nuits qui se ressemblent est esquissée. La morgue avec ses tons verts et gris apporte même un peu de fantaisie picturale, c’est dire, l’ambiance comique du dessin.

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La composition des pages est un véritable tour de force. Par exemple, certaines pages découpent un dessin du personnage principal sur plusieurs cases de la page pour accentuer l’effet puzzle des enquêtes avec ses indices éparpillés à reconstituer. L’auteur l’explique lui même dans un entretien :

Le découpage reflète la tension qu’engendre ce puzzle éparpillé. Les cases où l’inspecteur réfléchit sont progressivement envahies par sa propre image figée, immobile sur son bureau. Il s’effondrera finalement, dans la page d’après, sous la pression.

Encore une fois, un grand album

Pourquoi vous allez aimer

Si vous trouvez que l’ambiance générale actuelle n’est pas assez morose, si vous n’avez pas suffisamment l’impression d’étouffer en ces temps de confinement et que vous souhaitez en rajouter une couche dans le plombage, cette série est faire pour vous. Plus sérieusement si vous aimez les polars prenants et magnifiquement ancrés dans le réel, cet album est fait pour vous.

Détails

  • Éditeur : DELCOURT
  • Nombre de tomes : 4
  • Parution : Septembre 2019
  • Scénario : Philippe SQUARZONI
  • Dessin et couleur : Philippe SQUARZONI

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